J’ai cru longtemps connaître les lieux qui m’entouraient. 

Je les traversais chaque jour sans y penser. 

À force de les voir, je ne les regardais plus. 

L’habitude recouvre parfois le monde d’un voile discret. 

Les choses demeurent. 

C’est notre attention qui s’éloigne. 

Alors nous cherchons ailleurs. 

Nous imaginons que la beauté habite les horizons lointains, les lieux rares, les paysages exceptionnels. 

Puis j’ai commencé à ralentir. 

À marcher sans but. 

À m’arrêter parfois. 

À regarder. 

À regarder la lumière.

La lumière ne choisit pas ses éclairages. 

Chaque matin elle recommence son travail et se pose avec la même grâce sur une façade de banlieue ou sur un monument célèbre.

Et quelque chose apparait. 

Comme une présence jusque-là non remarquée. 

Le banal n’existe plus. 

Il existe seulement des choses devenues invisibles à force de proximité. 

Photographier près de chez soi n’est pas renoncer à l’aventure. 

C’est accepter une autre exploration.

Plus lente.

Plus discrète.

Plus attentive.

Une exploration qui redécouvre ce que l’on croyait trop connaître.

Depuis, je photographie ce monde proche. 

Non pour montrer un ailleurs. 

Mais pour retrouver une présence.

Pour garder la trace de ces instants où l’habitude se fissure. 

Où l’ordinaire retrouve son mystère.

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Publié par dominique

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